Argument – Session 2027
Place et fonction de l’image dans la clinique contemporaine
Avec le déclin du symbolique en tant qu’ordre et de ses idéaux, s’est imposé le règne de l’image. Les avancées de la science et des techniques y ont contribué largement.
Comme le souligne Marie-Hélène Brousse, dans son article « Sage comme une image »:
« La réalité la plus quotidienne a changé de paradigme. La civilisation est devenue une civilisation de l’image. » Elle ajoute qu’il y a là une mutation du même type que l’invention de l’imprimerie au XVIe siècle. Il s’agit d’en prendre acte.
Lacan est parti du pouvoir des images avec le stade du miroir avant de mettre l’accent sur la fonction de la parole et le champ du langage. Pour autant, il n’a jamais abandonné la notion de cette puissance de l’image chez l’être parlant. Ainsi peut-il dire, lors d’une conférence dans une université nord-américaine en 1975, que ce que les hommes adorent, c’est l’apparence du corps humain, pour conclure : « Ils adorent en somme une pure et simple image.[1] »
« Adorer » indique l’investissement, le narcissisme en jeu dans cette image.
L’usage effréné des selfies, des posts sur les réseaux sociaux et l’impératif qui s’y joint de comptabiliser le nombre de vues, en témoignent et interrogent sur ce qui est en jeu, ce à quoi ça vient répondre.
Plus globalement, notre réalité est envahie par les écrans, les réseaux sociaux, pas sans les algorithmes qui font tout pour nous rendre addicts. Les images sont partout, images qu’on peut trafiquer, utiliser pour harceler ou images qui s’imposent à nous, au point qu’après le collège, c’est au lycée qu’il est question d’interdire l’usage du portable.
C’est pourquoi, pour la session 2027, nous avons choisi de mettre au travail cette thématique sous l’intitulé :
Place et fonction de l’image dans la clinique contemporaine
Nous aurons à revenir sur ce qu’est une image dans notre champ. En effet, si la psychanalyse est une expérience qui mobilise la parole et le langage, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas possible d’évacuer la dimension de l’imaginaire, comme l’indique Jacques-Alain Miller, dans son cours « Silet » (1994-1995). En témoignent les images du rêve, le fantasme qui ne va pas sans images, le narcissisme bien sûr, voire même la castration qui prend son départ de la vision de la différence des sexes. Sans oublier ces images dites « indélébiles » qui nous ont marqués et qui s’imposent à notre économie psychique.
Qui dit image convoque également la question du regard et de la pulsion scopique. À cet égard, l’extension de la pornographie par le biais d’internet, à côté des affaires criminelles, voit se répandre une « pornographie banale[2] » selon l’expression du philosophe Yves Michaud, qui s’invite dans les cabinets des psychanalystes sous la forme de « compulsions à suivre les ébats pornographiques[3] ».
Nous aurons également à envisager le côté pharmakon de l’image – remède et poison, à savoir ses deux faces : les dimensions problématiques, et celles qui peuvent faire solution.
Il s’agira donc pour la session 2027 de développer une clinique renouvelée de l’image en lien avec « la subjectivité de l’époque ».
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[1] Lacan J., « Conférences et entretiens dans des universités nord-américaines », Scilicet, n°6/7, Paris, Seuil, 1976, p. 54.
[2] Michaud Y., « Visualisations – le corps et les arts visuels », Histoire du corps. 3. Les mutations du regard. Le XXe siècle, Paris, Seuil, collection points, 2006, p. 443.
[3] Miller J.-A., « L’inconscient et le corps parlant », La Cause du désir, n°88, octobre 2014, p. 106.